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milieugothique

Vendredi 22 septembre 2006

Mon blog est consacré à la compréhension du mouvement gothique et fait suite à la parution de mon ouvrage aux Editions Le Manuscrit. Plus largement, il vise à susciter des réflexions, des échanges et des commentaires en lien avec l'actualité de ce sujet.

C’est dans le cadre d’une maîtrise de sociologie effectuée en 2000, à Lille 3 que j’ai choisi de mener une enquête sur ce milieu aux contours mal défini. J'ai approfondi cette étude l'année suivante en DEA. Après avoir mis à disposition mes écrits sur Internet, le travail de maîtrise a donc fait l’objet d’une publication en décembre 2005.

 

"Le Milieu Gothique, sa construction sociale à travers la dimension esthétique".

Paru le : 30 / 12 / 2005 - 207 pages - 140 X 225 mm

ISBN  2-7481-5794-X - 17,90 €
http://www.manuscrit-universite.com/universite/fichetexte.asp?IdOuvrage=6299

 

Par Antoine D.
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Vendredi 22 septembre 2006

Cela ne date pas d'hier, le mouvement gothique suscite chez le grand public une méfiance, une inquiétude, une incompréhension et les médias ont toujours relayé ce sentiment plus ou moins justifié. Journaux et télévisions ont même contribué à le renforcer, ce qui n'est pas pour déplaire, reconnaissons-le, à certains membres de la "tribu" qui jouent sur l'ambiguïté et l'opacité du milieu. Comme d'autres univers en marge, le milieu gothique attire l'attention quand il est associé à tort ou à raison à des faits divers tragiques. Au-delà des vues réductrices et bien souvent sensationnalistes, nous pourrions tenter de comprendre cette tendance en commençant par s'intéresser réellement au sens que les individus, dans toute leur diversité, donnent à leurs actions. Ensuite, seulement, nous pouvons dégager une cohérence à l'ensemble et se dire que cette multitude de personnes qui affectionnent ou s'identifient à l'imaginaire gothique ne peuvent être réduites à un profil psychologique spécifique. Et quand nous y regardons de plus près, en se servant par exemple des outils des sciences sociales, nous y décelons les signes d'une effervescence sociale, d'une nouvelle ritualité ou d'une religiosité à la base de ces regroupements, d'une esthétique qui divise et donne sens aux relations sociales, d'un rapport au corps qui questionne de manière symbolique la modernité, etc. Cette vision des choses, nourri d'une langage quelque peu savant qui mériterait plus de développement, ne doit pas conduire à discours positif ou négatif sur le milieu gothique mais favoriser une posture compréhensive. Cela signifie qu'en creusant un peu plus, nous pouvons tenter, modestement, d'en savoir plus sur les jeunesses actuelles et de saisir quelques signes des évolutions de la société dans son ensemble.

La semaine dernière, une fusillade a lieu dans le collège de Dawson au Canada. Psychologiquement instable et fasciné par les armes à feu, le tireur flirtait avec la "culture gothique". Le journal de Montréal "La Presse" m'a sollicité pour rédiger un article sur le thème de la violence :

http://www.cyberpresse.ca/article/20060915/CPOPINIONS/609150846/6098/CPSPECIAL12

 le texte n'apparaît plus, voici l'article :

Extrême dans ses discours et sa personnalité, l’auteur de la fusillade au collège Dawson affectionnait les thèmes gothiques et les musiques sombres. Souvent montré du doigt, l’univers gothique n’incite pourtant pas à la violence. C’est du moins l’une des conclusions que l’on peut tirer lorsque l’on étudie ce milieu su le plan sociologique. 

 

Le mouvement gothique est une culture musicale en marge qui est née du Punk à la fin des années 1970. Les gothiques vont se distancier progressivement du message contestataire et nihiliste des punks en puisant leur inspiration dans le romantisme noir, l’imaginaire occulte et la littérature fantastique. C’est l’esthétique qui prédomine et la recherche du beau s’effectue  aussi à travers des expressions morbides. La musique gothique, elle-même, serait le reflet d’une vision noire de la société. Fuyant le désenchantement du monde, les gothiques sont alors en quête de spiritualité, exaltent la sensualité et considèrent parfois le corps, comme un objet d’art (body art, piercing, tatouage, performance). Venant d’horizons multiples, les gens qui s’identifient à cette culture partagent un ensemble de goûts essentiellement musicaux. Ils vont l’exprimer collectivement, selon des normes vestimentaires et un langage esthétique.

 

 

Ainsi, l’univers gothique est fortement théâtralisé. Tout est question de représentation et de manipulation esthétique, y compris l’expression de la violence, quand elle existe. A ce sujet, il convient de distinguer l’univers gothique du black metal, beaucoup violent musicalement. De nombreux groupes de black metal sont friands de symboles occultes et d’imagerie satanique. Nous pouvons y voir avant tout l’expression d’un style, où l’on manipule les icônes religieuses, l’on défie les figures allégoriques, qui sont celles aussi de la morale adulte ou chrétienne. En bref, on se fait peur à soi-même et aux autres. Les jeunes peuvent s’approprier ces symboles sacrés (croix chrétienne en pendentif autour du cou, à l’envers ou à l’endroit) simplement parce qu’ils les trouvent beaux. Le cinéma fantastique, par exemple, les a rendu beaux. En jouant avec l’ambiguïté autour de ces symboles, ils affirment aussi une différence par rapport aux autres et définissent leur propre style. L’imaginaire gothique propose aussi de mettre en scène des fantasmes sous-jacents adolescents liés aux thèmes de la peur, de la sexualité ou de la mort. Nous pourrions voir dans le phénomène d’attraction/répulsion une manière de s’affronter soi-même.

 

 

Dans le monde du black metal, quelques groupes, bien qu’ils soient très minoritaires, accompagnent leur message musical d’un ensemble de dogmes et de façons de penser. Parmi ces idéologies, nous pouvons parfois déceler une incitation à la haine.

En puisant son inspiration dans la littérature romantique, le cinéma fantastique et même la musique classique, le mouvement gothique bénéficie à priori d’un « patrimoine » stylistique assez riche. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi ses membres s’affirment sur la scène sociale à travers le rapport qu’ils entretiennent avec le monde de l’art et de la culture – un rapport parfois intellectualisé - plutôt qu’à travers l’expression d’une révolte ou d’une haine envers autrui. Par cette éthique de l’esthétique, ils se distancient de toute imagerie brutale que l’on pourrait trouver chez certains groupes de metal extrême. Au sein du milieu gothique, on valorise ainsi la féminité, l’androgynie, l’esprit dandy. Toutefois, face à ce foisonnement de références et devant l’ambiguïté de certaines images, il est difficile d’y voir clair. En outres, de nombreux sites Internet multiplient les amalgames douteux et mélangent idéologies et styles musicaux.

 

 

Au sein du mouvement gothique, il existe des soirées où l’on vient d’abord pour danser, écouter de la musique et se montrer. Un ensemble de codes et de rites d’interactions s’observe, comme dans d’autres cultures musicales et cette ritualisation des conduites permet justement de canaliser l’affectivité.

La question est de savoir comment l’individu s’engage et s’investit dans l’univers gothique, s’il est capable de prendre du recul, s’il fréquente d’autres univers sociaux, d’autres espaces de socialisation. Certains évoluent au sein des cultures underground en s’isolant progressivement des autres. Désapprouvés par le jugement d’autrui, ils se trouvent renforcés dans leur stigmate. Ils peuvent être tentés de jouer un rôle et exacerber l’impression de se sentir à l’écart.



Par Antoine D.
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Mardi 17 octobre 2006

Il y a quelques temps, le webzine "Obsküre" consacré aux musiques et cultures sombres a rédigé un article au sujet de mon livre. Vous le trouverez à cette page : http://www.obskure.com/fr/dossier-kulture.php?id=70. Cette critique, qui dépasse largement les quelques lignes, n'est pas issue d'une simple lecture en diagonale. Au-delà du contenu même de la critique sur lequel on pourrait revenir (approuver ou proposer un discours contradictoire : pourquoi Maffesoli ? par exemple), un véritable effort de lecture a été réalisé. Ceci est certainement révélateur de l'état d'esprit de ce site et de ses chroniqueurs, dans le traitement qu'ils font de l'actualité culturelle : rigoureux, dans un souci d'expression libre, ils sont attentifs aux diverses opinions qui fusent à droite et à gauche. Les éditos alimentent des réflexions très actuelles sur les cultures alternatives et leur ancrage dans la société d'aujourd'hui : le look, la musique, le téléchargement, etc. Un site sérieux qui est aussi fait pour découvrir de la musique et échanger plus simplement avec des gens :  http://www.obskure.com/fr/

Par Antoine D.
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Samedi 4 novembre 2006

Une notion clé pour comprendre le milieu gothique...à travers sa dimension esthétique

L’ouvrage paru aux Editions Le Manuscrit s’appuie exclusivement sur le mémoire de maîtrise. Cette première approche qualifiée d’exploratoire décrivait le milieu gothique dans sa globalité : son émergence dans les univers culturels de jeunesse et ses différentes expressions actuelles. L’objet était d’expliquer le processus par lequel un individu s’engage dans la culture gothique et participe, aux côtés de ses pairs, à la construction de nouvelles formes de sociabilités autour du fait musical et culturel. Culture de distinction plus que mode adolescente, l’univers gothique devient intéressant à observer quand il reflète ou fait écho à divers aspects de la société dans son ensemble : dans son rapport au corps (un corps exalté par notre économie médiatique et publicitaire), à travers la place de la culture et la place de l’individu dans une société à la fois individualiste (perte de contrôle social), présentéiste (culte de l’instant présent, absence de perspective à long terme) mais de plus en plus réflexive (une société capable de se penser elle-même). Le sujet fût alors traité sous l’angle assez classique d’une sociologie de la culture et de la déviance.

En DEA, à l’université de Lille 1, j’ai poursuivi l’étude de ce mouvement en me centrant davantage sur la notion d’expérience esthétique. Cette fois, je pris appui sur la sociologie de l’art et l’anthropologie des émotions. L’objet de ma recherche était de décrire comment se forge la « sensibilité gothique » ou plus exactement comment se constituent les goûts esthétiques des participants de ce milieu en matière d’art, de pratiques culturelles, mais aussi d’expression corporelle. Si le plaisir esthétique est vécu individuellement, il aboutit, par une série de processus, à la formation d’un jugement esthétique partagé. Voici quelques références bibliographiques qui ont été utiles à mon travail de recherche : 

 

· BECKER, Howard S., 1982, Les Mondes de l’art, Paris, Flammarion, 1988.

· BOUVERESSE, Renée. 1998. L’expérience esthétique, Armand Collin.

· HEINICH, Nathalie, 1998, Ce que l’art fait à la sociologie. Les Editions de Minuit.

· LE BRETON, David : 1998. Anthropologie des émotions, Les passions ordinaires. Armand Colin.

· MAFFESOLI. 1990. Au creux des apparences. Pour une éthique de l’esthétique. Plon. « livre de poche », Biblio essais.

· MICHAUD, YVES. 1999. Critères esthétiques et jugement de goûts. Rayon art. Editions Jacqueline Chambon

· MOLINIE Georges. 1998. Sémiostylistique. L’effet de l’art. Formes sémiotiques. PUF.

· PANOFSKY, Erwin, 1995, L’œuvre d’art et ses significations, Paris, Gallimard, 1969.

· PAVIS, Patrice. 1996. L’analyse des spectacles. Nathan université, fac. Arts du spectacles.

· PEQUIGNOT, Bruno, 1993, Pour une sociologie esthétique, Paris, L’Harmattan, Logiques sociales.

 

Les textes qui vont suivre traitent de cette notion d'expérience esthétique et sont pour la plupart extraits de mon mémoire de DEA.

Par Antoine D.
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Dimanche 3 décembre 2006

Pas évident de tenir à jour mon blog... Avant de poursuivre sur le thème amorcé dans l'article précédent, je relaye ici l'info suivante :

Si peu d'universitaires se sont penchés sur le mouvement gothique, il existe un labo de recherche parisien qui s'intéresse à ces phénomènes très actuels de tribalisme et d'effervescence sociale autour de la musique et de l'esthétique qui donne sens aux relations humaines.

"Le GREMES (Groupe de recherche et d'étude sur la musique et la socialité) est un groupe de recherche intégré à l’équipe d’accueil du CEAQ (Centre d’étude sur l’actuel et le quotidien) Paris V depuis l’année universitaire 2000 / 2001. Ce groupe de recherche fonctionne sous l'autorité scientifique du professeur Michel Maffesoli et rassemble les chercheurs, qu’ils soient enseignants ou étudiants en 3e cycle, s’intéressant aux phénomènes contemporains d’effervescences sociales et notamment aux mouvements musicaux de la culture juvénile. Le GREMES développe une réflexion approfondie autour du phénomène techno, sans pour autant en faire l’axe exclusif de sa réflexion".

Ici : http://www.ceaq-sorbonne.org/node.php?id=1046 , vous trouverez des articles sur les thèmes suivants : metal, gothique, satanisme, trance, techno, néotribalisme, corporéité sociale, etc

 

Par Antoine D.
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